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Post Internet, l’art d’une nouvelle génération!

By 21 décembre 2015 No Comments

Post Internet, l’art qui surfe sur la vague!

La caractéristique la plus profonde que sous-entend la culture contemporaine actuelle pourrait bien être l’omniprésence d’Internet. Admettre que le progrès technologique génère des mutations comportementales chez les êtres humains frise aujourd’hui le truisme, les ordinateurs portables et les smartphones étant désormais des prothèses qui fonctionnent chez nous comme des organes supplémentaires, des extensions de nous-même. Découvrons ensemble le mouvement de l’art post internet.

MyArtMakers - Post Internet - Robin Peckham

MyArtMakers – Post Internet – Robin Peckham

L’art le plus « contemporain » de l’art contemporain

Nous vivons ainsi dans une ère dite Post Internet, terme employé pour la première fois en 2006 par l’artiste et curatrice Marisa Olson qui l’a théorisé, pour désigner l’impact du web sur son propre travail: ce n’est évidemment pas un temps postérieur à Internet, ce terme insinue en fait qu’Internet est devenue une réalité intrinsèquement lié à nos vies, il ne succède pas à l’Internet mais exprime sa victoire : il n’est plus une innovation mais un élément pop tout comme les médias de masse constituèrent le populaire de la seconde partie du XXe. A l’instar de la perspective, catalyseur de nouvelles formes et d’une nouvelle philosophie à la Renaissance, Internet est la technologie fondatrice du XXIe siècle. Les  « digital natives » de la génération Y, c’est à dire née à partir de 1980, compte parmi elle des artistes ayant suivit leurs études dans les années 2000 lors de l’explosion d’Internet, de l’apogée des réseaux sociaux, d’un accès illimité à la connaissance et de la vente en ligne. Autant d’outils propices à la création artistique à une époque où semble acquis le principe d’interdisciplinarité dans les arts visuels. Certains de ces jeunes gens considèrent Internet non seulement comme un outil de travail mais aussi comme une manne esthétique en soi, autosuffisante, permettant d’explorer et d’habiter l’incommensurable complexité de nos sociétés contemporaines.

MyArtMakers - Post internet - Rafaël Rozendaal - Really Really Big

MyArtMakers – Post internet – Rafaël Rozendaal – Really Really Big

Mais il n’est pas une sorte de renaissance du Net Art qui est apparu dans le milieu des années 90, à travers les expérimentations d’artistes tels qu’OliaLialina, Vuk Cosic ou JODI. Internet était alors en pleine expansion et représentait un objet de découverte aux possibilités illimités, un outil de résistance de par son immatérialité face à la prépondérance du marché de l’art. En effet, la distinction entre le Net Art et l’art Post-Internet semble assez similaire à celle entre l’art moderne et postmoderne. Alors que le modernisme existe toujours en temps que concept, le terme postmodernisme est utilisé afin de qualifier ce qui est apparu en conséquence. Le postmodernisme construit son identité par rapport aux théories fondamentales de l’art moderne, à ses valeurs esthétiques, mais les adapte et les développe en fonction de la nouvelle époque et de ses problématiques. Ainsi, l’art Post-Internet s’inspire d’idées et de concepts du Net Art, comme l’idée de diffusion de l’image, mais il ne se limite pas à une simple reprise. Aussi, alors que les artistes précurseur du mouvement ont principalement créé des œuvres existant exclusivement en ligne, la génération post internet peuvent aussi créer des œuvres qui existent dans le monde réel. Ce cousin 2.0 du postmodernisme peut se manifester au travers de sculptures, vidéos, peintures, fichiers GIF, sites web, et toute une déclinaison de formats numériques, il témoigne de la déhiérarchisassions des sources et des matériaux Sa vraie identité est son point de départ, celui d’une culture de la connectivité accrue, de la saturation de l’information et de l’intangibilité de l’espace dans lequel nous passons de plus en plus de temps. Il reflète ainsi les formes esthétiques, culturelle et politiques qui émergent avec Internet.

L’art de Petra Cortright cherche à représenter l’expérience de l’appauvrissement intellectuel et esthétique actuelle.

MyArtMakers - Post Internet - Petra Cortright - Into The Gloss

MyArtMakers – Post Internet – Petra Cortright – Into The Gloss

Le point le plus remarquable du Post-Internet est sans doute une certaine homogénéité formelle. Il alterne entre le fluo surf du seapunk, les formes cools, l’esthétique de bureau, les effets numériques 90’s, les screenshots, le chewing-gum délavé, le trash liquide, etc. Ce style constitue déjà la forme sensible de notre temps et si cette forme semble s’inspirer de formes préexistantes dans le champ de l’art contemporain, elles sont articulées d’une manière nouvelle, articulation qui témoigne de son originalité. Mais certains artistes semblent avoir mis le doigt sur le style de l’époque, sa particularité étant d’être nostalgique d’un temps recréé.

Le seapunk

MyArtMakers - Post Internet - Matthew Perpetua, Sea punk

MyArtMakers – Post Internet – Matthew Perpetua, Sea punk

Le seapunk serait apparut lors d’un tweet de 2011 évoquant le blouson d’un punk dont les clous auraient été remplacés par des crustacés. C’est une tendance esthétique qui s’est développé principalement sur la plateforme tumblr dont les codes reprennent un ensemble de référence à l’univers aquatique : dauphins, coquillages, fonds marins, auxquelles s’ajoutent des éléments incongrues low-fi, psychédéliques, symboliques (pyramides 3d), pixellisation, glitch…Ce courant revendique un mauvais goût assumé. Contrairement au gothique ou au punk, qui ont leur panoplie et leurs codes, leurs boutiques labellisées, le seapunk est une sorte de mode open source dans laquelle chacun vient proposer son interprétation.

«Le seapunk est un de ces trucs nés sur Internet et vraiment trop stupide pour être expliqué quand quelqu’un vous demande de quoi il s’agit.» L’absurdité, c’est peut être finalement ce qui attire le plus dans ce mouvement. Seulement, sur internet, on descend de haut en bas, et ce qui est en haut a tendance à se retrouver en bas incroyablement vite, et donc à tomber dans l’oubli. Le seapunk est passé de mode, et depuis peu remplacé par le vaporwave, qui se base sur une musique plus lounge, plus japonisant et avec moins de dauphins…

Ce qui rend ces tendances des plus intéressantes, c’est qu’elles reflètent comment les communautés fonctionnent sur tumblr et les espaces similaires. Dans la vraie vie (IRL), il serait difficile de réunir ensemble cette communauté, comme par exemple les punks autrefois. Ici, la scène est virtuelle.

Vaporwave

Tumblr est une preuve qu’Internet a complètement bouleversé l’idée même de droit. Le droit d’auteur comme le droit à l’image semblent maintenant obsolètes. L’utilisation grandissante par les artistes de la vidéo n’est pas sans lien avec ce phénomène : une oeuvre d’art dont l’image est diffusée sur Internet devient un bien public. La toile infinie d’internet permet la diffusion instantanée des idées, et cette promulgation prend actuellement le pas sur la matière physique.

La démonstration d’Oliver Laric avec TouchMy Body : Green Screen Version (2008) est particulièrement éloquente à ce sujet : réalisée à partir du clip de la chanson éponyme de Mariah Carey trouvé sur YouTube, cette vidéo a été dépouillée de tout son arrière-fond pour ne laisser place qu’à la chanteuse sur fond monochromatique (technique utilisée à la télévision ou en informatique afin de rajouter des fonds factices au montage). L’artiste a ensuite posté sa version piratée du clip pour la livrer à la merci de tous les internautes, libres d’y intégrer n’importe quels types de fonds, des plus frustes aux plus élaborés. Rapidement, plus d’une centaine de nouvelles versions du clip ont alors été dénombrées par l’artiste qui en a compilé certaines sur son site. Libres d’utilisation, ces vidéos sont exploitées et réexploitées, circulant de blog en blog et de site en site. Cette expérience révèle un point important à savoir le devenir des droits d’auteur et de la propriété intellectuelle à l’heure du web 2.0, en particulier concernant les œuvres d’art. Comment protéger une œuvre immergée dans un environnement soumis au principe du partage ? Kopienkritik, exposition à la Skulpturhalle de Bâle (2011) dans laquelle l’artiste mêlait des moulages de sculptures grecques et de leur copies romaines à ses œuvres, produisait justement un intéressant parallèle entre les conceptions de l’Antiquité et les nôtres : les sculpteurs romains copiaient les classiques grecs aussi librement que nous copions-collons.

MArtMakers - Post Internet - Oliver Laric, Kopienkritik

MArtMakers – Post Internet – Oliver Laric,

Katja Novitskova donne un bon aperçu de la manière dont égocentrisme et exhibitionnisme s’accordent avec les systèmes de représentation de soi disponibles en ligne. Les collages digitaux de la série Earth Call 1 & 2 (2012), associant des paysages trouvés sur Google Earth à des selfies de jeunes hommes postés sur Tumblr, soulignent la sophistication de soi grâce aux retouches et corrections rapides permises par la technologie. Ils illustrent ce que pourrait être le « souci de soi » du XXIème siècle.

Pendant longtemps, Internet a été considéré comme une forme de contre-monde, imaginaire, un monde dégradé parce que factice. On l’opposait à la « vraie réalité », seulement l’influence d’Internet sur les évènements et notre perception montre bien que cela n’est pas le cas. Notre identité sur internet ne s’oppose pas à notre vrai « moi », elle est fluctuante et a de nombreuses influences sur les évènements de notre vie (amoureuse, professionnelle, intime, etc). Ce n’est pas une confusion entre le vrai et le simulacre, c’est la capacité du simulacre à être quelque chose qui arrive et le caractère originaire de celui-ci. Alors que l’art numérique tentait souvent de créer un monde à part, le Post-Internet relève de la quotidienneté la plus banale. Il nous parle du monde tel qu’il est vécu quotidiennement, créant la structure –peut-être pérenne- d’un réel mouvement artistique, bien que l’exercice consistant à définir un mouvement en formation a toujours été une tache délicate. L’art perd son caractère extraordinaire et technique, sa naïveté qui relevait de l’espérance en un monde autonome de l’art.

Nous devrions tous supporter notre génération d’artistes, car cette génération est c’est celle qui a le plus de sens pour nous, celle qui nous aide le mieux à comprendre comme se construit notre propre culture.

Quelques autres artistes et designer :

Takeshi Murata

Dom Sebastian

Velvet Spectrum

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Edwige De Poortere

Edwige De Poortere

Edwige est une étudiante de l'ICART Bordeaux où elle étudie le management culturelle et le commerce de l'art. Elle est née et a grandit à Pau, la ville d'Henri IV, mais son pays de coeur est l'Angleterre où elle voyage régulièrement. Elle y a d'ailleurs passé 1 an pour étudier l'art et le design. Passionnée d'art, qui lui permet depuis petite de se perdre et de se retrouver à la fois, elle dessine et écrit des bouts de vie à ses heures perdues.

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