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Perspective, une question de points de vue!

Perspective, une question de points de vue!

L’art habile de la perspective consiste en la juste représentation des choses et des personnes dans l’espace. Par des procédés techniques de lignes convergentes vers un même point de fuite, il s’agit de représenter des figures en trois dimensions sur une surface à deux dimensions. Le but étant de recréer l’illusion optique du sujet tel que l’œil le perçoit selon un angle donné.

MyArtMakers - Perspectives - Le Jugement d’Osiris, papirus funéraire de la Basse Epoque, Musée du Louvre

MyArtMakers – Perspectives – Le Jugement d’Osiris, papirus funéraire de la Basse Epoque, Musée du Louvre

La maîtrise de toutes les subtilités de la perspective est un héritage de différentes étapes de l’histoire de l’art. Complexe et mathématique, elle a été tour à tour hésitante, approximative pour finalement gagner en vraisemblance jusqu’à jouer de ces déformations, comme pour boucler tout un héritage de recherches appliquées.

Retour sur des siècles de points de fuites.
Représenter en trois dimensions, toute une histoire !

De l’antiquité au Moyen-Âge : prémices et tâtonnements

Pendant l’antiquité Egyptienne, (entre 4000 et 500 ans avant JC), les artistes se passaient de perspective. Les figures étaient représentées souvent de profils, leur proportion dépendant de leur importance sociale. Les figures étaient pensées en deux dimensions, sans soucis des volumes réels dans l’espace.

Ce sont les Mathématiciens et philosophes Grecs (entre 500 et 100 avant JC) qui ont posé les prémices d’une réflexion autour de la perspective. Les profondeurs de champs sont alors respectées, des jeux d’ombres apparaissent.

Avant même que les lois de la perspective ne soient énoncées par Filippo Brunelleschi au début du 15e siècle, le Moyen-Age poursuivent cette réflexion stylistique. A cette époque l’approche est empirique et basée sur une appréciation subjective du réel. Dans des espaces le plus souvent représentés en lieux clos (chambres, lieux de prières, scènes de nativité ou d’annonciation…), la symbolique de la scène prend le pas sur l’unité d’espace ou de temps.

Ainsi, par soucis de fidélité à la narration souhaitée par le peintre, un même personnage peut apparaître plusieurs fois et sa taille est déterminée par sa position dans la hiérarchie sociale ou religieuse. On parle alors de perspective signifiante.

Dans l’exemple ci dessous c’est précisément la hiérarchie des personnages et non la profondeur du champ qui régissent la perspective.

MyArtMakers - Perspectives - Vierge de miséricorde ( début XVe ) Pietro di Domenico di Montepulciano - Musée du Petit palais - Avignon

MyArtMakers – Perspectives – Vierge de miséricorde ( début XVe ) Pietro di Domenico di Montepulciano – Musée du Petit palais – Avignon

De plus, les personnages sont souvent représentés sur un même plan, héritage de la peinture et des mosaïques byzantines. Il est ici question d’espace symbolique niant la vraisemblance au profit du sens.

Si on peut penser qu’il s’agit là d’une approche tâtonnante et non maîtrisée de la perspective, c’est également une façon de mettre en exergue des éléments choisis. Avec l’observation stricte d’une perspective rigoureuse l’artiste n’aurait pas pu valoriser la richesse des drapés des tissus ou bien montrer le livre ouvert sur cette table excessivement penchée vers l’avant. Ce procédé inexact est à sa décharge, une façon de mettre l’accent sur des clés de lecture de la scène ou de souligner le savoir-faire de l’artiste.

Cela peut notamment s’expliquer par le fait qu’au moyen-âge, l’image à principalement pour vocation d’instruire la religion et d’éduquer le peuple. Le souci des artistes était alors d’énoncer le message de la manière la plus claire possible pour être comprise au mieux par le lecteur.

Le XVème, place à une perspective réinventée !

A la fin du Trecento (le xive siècle italien), et dans les premières décennies du Quattrocento (le xve), les peintres et les architectes développent une nouvelle conception de la représentation. Un art nouveau est en train de voir le jour, basé sur le souci de représentation de la nature, l’étude de la géométrie et l’équilibre des proportions réelles.

Parmi les grandes figures de l’époque, Ucello (1397-1475) et Piero della Francesca (vers 1415-1492) mettent en pratique la science de la perspective et du raccourci. À cet égard, La Flagellation œuvre réalisée vers 1453, est remarquable. L’effort de vraisemblance et de profondeur sont bien réels avec un point de fuite unique, situé bas sur la ligne d’horizon. Cela nous indique que l’artiste à une parfaite connaissance de la perspective et de ces règles.

MyArtMakers - Perspectives - Annonciation 1428 d’après le panneau central du Retable de Mérode) - le Maître de Flémalle

MyArtMakers – Perspectives – Annonciation 1428 d’après le panneau central du Retable de Mérode) – le Maître de Flémalle

Après 1450, les cours princières, en quête de prestige, sollicitent des artistes renommés afin d’exécuter toiles et décorations de palais. La diffusion rapide de ces nouvelles connaissances à travers l’Europe s’explique par un climat intellectuel foisonnant des différentes cours italiennes. C’est dans cette effervescence artistique que s’ouvre la Renaissance proprement dite.

La perspective atmosphérique : la profondeur comme si vous y étiez

L’ambition de la renaissance est de représenter fidèlement la réalité. A l’heure du foisonnement des Arts et des idées, cette époque propose un terreau fertile à la reconsidération de l’espace en matière de peinture. D’une richesse intellectuelle et scientifique très dense, la Renaissance voit naître de nombreux traités théorisant la perspective et ses techniques. La peinture devient une science quasi géométrique, intimement liée à l’architecture.

MyArtMakers - Perspectives - La Flagellation - Piero della Franscesca - vers 1453

MyArtMakers – Perspectives – La Flagellation – Piero della Franscesca – vers 1453

Dépassant la question des volumes dans l’espace, la perspective atmosphérique (ou chromatique) est une technique principalement picturale qui consiste à marquer la profondeur des plans successifs en leur donnant progressivement (du proche au lointain) la couleur de l’atmosphère et du ciel constituant le décor. Ces effets sont rendus possibles par le maniement habile de la penture à travers des effets de dégradés et de couleurs estompées.

MyArtMakers - Perspectives- La Joconde - Léonard de Vinci (1503-1517)

MyArtMakers – Perspectives- La Joconde – Léonard de Vinci (1503-1517)

On peut également observer des effets de températures avec les couleurs chaudes traitées aux premiers plans et les couleurs froides pensées pour les fonds, accentuant ainsi l’impression d’éloignement et de profondeur.

MyArtMakers - Perspectives - Raphael, La sainte famille à l’Agneau ou la Madone à l’Agneau, v.1504

MyArtMakers – Perspectives – Raphael, La sainte famille à l’Agneau ou la Madone à l’Agneau, v.1504

L’Anamorphose, perspective de l’étrange

Une anamorphose est une déformation réversible d’une image à l’aide d’un système optique — par exemple un miroir courbe — ou une transformation mathématique. L’image est déformée ou parfaitement reconstituée en fonction du point de vue que l’on adopte.
Après des siècles de recherches pour atteindre la maîtrise des points de fuite, les artistes s’octroient tourner en dérision ces perspectives en sollicitant la complicité du spectateur.

Réflexion autour du temps qui passe et de l’avidité des hommes, l’œuvre Les Ambassadeurs de Hans Holbein (1497-1543) reste l’un des exemples d’anamorphoses les plus célèbres. Enigmatique, la forme étirée au centre du tableau révèle une fois le point de vue changé une tête de mort rappelant la vanité de la condition humaine.

MyArtMakers - Perspective - Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs

MyArtMakers – Perspective – Hans Holbein le Jeune, Les Ambassadeurs

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Amandine Robert

Amandine Robert

Titulaire d'une bi-licence de Droit et d'Histoire de l'art, puis d'un master de recherche en Histoire de l'art, Amandine a spécialisé sa réflexion autour des richesses de l'Art brut. Passionnée par la création sous ses formes les plus éclectiques, elle a travaillé au sein d'une agence de presse spécialisée dans la promotion culturelle et au service des relations médiatiques du Barbican Centre (Londres), le plus grand centre multi-arts d'Europe.

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