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Performance, le corps au service de l’art!

By 14 décembre 2015 No Comments

La performance, quand l’art est vie et la vie un art!  

La performance est une pratique artistique dont le médium est le corps lui même et dont l’action créer l’œuvre d’art. Elle repose sur 4 éléments : le temps, l’espace, le corps du performeur et sa relation avec son audience. Aussi, le mot vient du latin pro forma ou per forma, qui indique un événement qui s’accomplit à travers une forme. Elle peut être solitaire ou collective, être accompagnée d’éclairage, de musique, d’éléments visuels, son exécution peut se dérouler dans divers lieux. Si elle peut être improvisée, la performance est souvent composée, écrite et répétée au préalable.

MyArtMakers - Performance - Tony Orrico

MyArtMakers – Performance – Tony Orrico

La performance, un art invisible ?

Cette pratique, d’utiliser son corps comme un outil artistique, est présente dès la préhistoire, lors de rites et de rituels. La danse et le théâtre son eux aussi des formes de performance. Avec son caractère « monstratif », la performance emprunte d’ailleurs parfois des éléments au langage théâtral. Mais contrairement au théâtre où le temps est construit de manière purement fictionnelle, le temps et l’espace « in situ » constituent souvent les éléments essentiels de la pratique de l’art performance. Ainsi, si on la met en parallèle avec la tradition littéraire, la prose pourrait être à la poésie ce que la performance serait au théâtre.C’est une écriture qui se déchiffre dans l’instant présent, en confrontation avec le spectateur.

Son statut d’œuvre d’art évanescente remet en cause la marchandisation de l’objet d’art, exprime le refus politique de la réduction de l’art à la mise en forme d’objets que le marché ou les institutions peuvent assimiler.

L’art performance est donc quelque peu subversif, c’est un espace « autre », loin du marché. Aussi, les manifestations souvent uniques et la fréquente absence de documentation, de trace de leurs passages, apportent une aura quelque peu légendaire à cette démarche artistique consomptible.

Principe de création particulier, l’art performance est une réponse aux modus operandi de l’art de la fin du XXe siècle et du début du XXIesiècle, questionnant l’hypothèse de pérennité de l’objet en art et annonçant le nécessaire intérêt au processus de la réalisation, l’art performance rappelle que l’art n’a pas d’existence, comme toute production de l’esprit, sans l’existence de l’artiste lui-même : la vie. La notion de « réel » est alors en question grâce à la présence concrète de l’artiste et à la focalisation sur son corps.

La performance a la particularité d’être un art éphémère : si elle peut être immortalisée partiellement avec des photos, des vidéos, des témoignages, son essence même fait qu’elle est transitoire et temporaire, tout comme notre existence. C’est le vaste projet du XXe siècle, réduire l’écart entre l’art et la vie, l’œuvre d’art devient symboliquement une forme de vie en elle même.

MyArtMakers - Performance - Exposition Gutaï, en 1956.

MyArtMakers – Performance – Exposition Gutaï, en 1956.

Les origines

Cette « technique » prend donc ses racines au début du XXe siècle en Europe, influencé par le souffle de liberté des mouvements futuriste, dada, surréaliste et Bauhaus. Elle se développa jusqu’à New York où en 1945 elle était devenue une activité à part entière. Mais les origines de la performance artistique actuelle remonte au groupe japonais Gutaïfondé en 1945. Sur des peintures de très grands formats, le corps de l’artiste était systématiquement inclus dans l’œuvre en déchirant, brûlant, dégradant, entaillant, projetant de la peinture ou en la laissant s’écouler… la toile était alors détruite dans l’action. L’art contemporain de la performance a eu au Japon un terrain des plus favorable pour s’épanouir, de part le rapport au temps et à l’espace particulier de ce pays.

Mais ce sont dans les années 50-60 en Occident que se développa véritablement l’art de la performance. Le contexte moral était à l’assimilation intellectuelle des tragédies de la Seconde Guerre mondiale, tandis que se répandait la fulgurante et insouciante insignifiance de la société de consommation. Les jeunes artistes recherchèrent une rupture avec un passé culturel qu’ils jugeaient trop formaliste. Ainsi, ils cherchèrent à impliquer le spectateur dans l’œuvre afin de l’arracher à sa passivité, le faire réagir. En effet, le corps humain était envisagé différemment : suite au traumatisme de la guerre, on prenait conscience de la fragilité du corps humain qui était alors impliqué dans le processus de création. New York qui était devenue le nouveau centre de l’avant-garde, avec l’afflux des exilés européens, vivait à l’heure de l’action-painting d’un certain Jackson Pollock. Aussi appelé expressionisme abstrait, son style reposait sur la technique du « dripping » qui consistait à laisser parler le mouvement du corps en déposant la peinture sur le tableau. C’est ainsi une sorte d’écriture automatique qui laissait parler l’âme du mouvement. En créant, Jackson Pollock effectuait d’ailleurs une sorte de danse. L’apparition de l’art-performance peut être perçu comme un dépassement et un prolongement de cette réflexion sur le corps et l’art.

MyArtMakers - Performance - Jackson Pollock - Action Painting, 1948

MyArtMakers – Performance – Jackson Pollock – Action Painting, 1948

Le happening

En 1959, Allan Kaprow créa alors le happening, littéralement « ce qui est en train de se produire », en revendiquant ne plus être un « peintre d’action » tel Pollock, mais un « artiste d’action ». Il était alors voué à participer directement au monde et non plus à la seule production de ses images. Le public était directement inclut et invité à participer à l’œuvre, les artistes du happening ayant la conviction fondamentale que l’art devait être inclut dans le domaine de la vie quotidienne. On en venait ainsi à abolir la notion même de spectateur puisque celui-ci influait, d’une manière irréversible, sur le cours des événements en improvisant de nouveaux gestes et de nouvelles situations.

Kaprow fut initié par John Cage, compositeur, poète et plasticien américain. Ce dernier créa dans les années 60 le mouvement Fluxus, ou plutôt le non-mouvement : influencé par le dadaïsme, il prône l’humour et la dérision,  le non-art, l’art distraction, et remettent en question la notion d’oeuvre d’art. Il fut composé d’artistes de toutes nationalités, tels que Yoko Ono, Éric Anderson, Joseph Beuys, George Brecht, et bien d’autres encore.

« Un Happening est un environnement exalté, dans lequel le mouvement et l’activité sont intensifiés pendant un temps limité (disons une demi-heure) et où, en règle générale, des gens s’assemblent à un moment donné pour une action dramatique », Allan Kapprow

MyArtMakers - Performance - Allan Kaprow et des participants à l’happening « Yard » de 1967 à New York

MyArtMakers – Performance – Allan Kaprow et des participants à l’happening « Yard » de 1967 à New York

L’event

L’event se rattache très précisément à l’œuvre du chorégraphe Merce Cunningham, lui-même très proche de Fluxus. L’Event consiste à présenter des spectacles de danse dans tous types de lieux non spécifiquement conçus à cet effet, et à le faire selon des modes d’exécution aléatoires d’extraits des pièces préexistantes sélectionnées de manière également aléatoire. Ainsi il fait du hasard un des constituants essentiels de ses chorégraphies. Ce processus de création renouvelle en profondeur la perception de l’espace : la perspective est abolie, tous les points de la scène ont la même valeur, tous les danseurs sont « solistes ». Le corps apparaît comme porteur d’une musicalité propre et susceptible d’être traversé par des coordinations nouvelles. Dans la même démarche, danse et musique sont créées simultanément mais en totale indépendance, les danseurs ne découvrant la partition qui les accompagne qu’en même temps que le public.

Quelques artistes notoires

D’hier…

Réfutant la notion d’objet d’art au profit du concept, la performance est représentative de la postmodernité. L’artiste plasticien Yves Klein, connu pour son International Klein Blue ou IKB et chef de file du nouveau réalisme, eut une carrière artistique très courte, allant de 1954 à 1962. Durant ces années, il expérimenta la monochromie qu’il appelle lui même « l’époque bleue », et fut le premier à introduire l’art performance en France. A partir de 1958, il se lance dans les « anthropométries de l’époque bleue », où il développa sa technique de pinceaux vivants, utilisant des corps comme outil de peinture. Des modèles nus s’enduisaient de peintures de pigments bleus et appliquaient 5 fois de suite leurs coprs sur un papier collé au mur. Yves Klein voulait que ses Anthropométries deviennent plus qu’une performance artistique, un rituel. Le public devaient impérativement venir en tenue de soirée, Yves vint en costume noir, et sur un signe de sa main l’orchestre présent commença sa « Symphonie monoton » (un son continu et ininterrompu de 20 minutes, suivi d’un silence de 20 minutes). Pendant ce temps 3 modèles nus entraient dans la salle avec des pots de peinture bleue, s’en mettaient sur le corps, et l’artiste dirigeait ensuite ses pinceaux vivants sur la toile sans un mot.

https://www.youtube.com/watch?v=1mJCVM3d7jw

… Et d’aujourd’hui

Tino Sehgal artiste britannique de mère allemande et d’un père indien, qui a étudié l’art conceptuel, les sciences politiques et la danse. Tous son travail est éphémère : refusant toute documentation visuelle ou textuelle, ses performances ne laissent de traces que dans la mémoire du spectateur. Il décrit lui-même ses œuvres comme des « situations construites » qui s’appuient sur la voix humaine, la langage, le mouvement et l’interaction, et refuse la production d’objets physiques.L’œuvre d’art est la situation construite qui se pose entre le public et les interprètes de la pièce. Ses œuvres se vendent entre 50000 et 100000$, parfois notamment à des musées.

Marina Abramovic est depuis 40 ans une autre grande pointure de l’art performance. Se rattachant plus spécifiquement à l’art corporel, cette artiste serbe s’est mise, à diverse reprise, en danger, en se lacérant, se scarifiant, se congelant, en prenant des produits psychoactifs… Elle explore les limites de son propre corps, des codes qui régissent la société. Elle est aujourd’hui une star et collabore d’ailleurs avec certaines, comme Lady Gaga ou Jay-Z.

« Je suis intéressée par l’art qui dérange et qui pousse la représentation du danger. Et puis, l’observation de public doit être dans l’ici et maintenant. Garder l’attention sur le danger ; c’est se mettre au centre de l’instant présent. »

Pour conclure, l’art performance est aujourd’hui omniprésente, les artistes s’essayant de plus en plus à cette pratique, et tend même à une certaine banalisation par une hybridation avec différents arts. Paradoxalement à sa consistance éphémère et donc à sa non marchandisation, le marché de l’art s’y intéresse de plus en plus. Comment garder, exposer, soit faire renaitre l’éphémère ? N’est-ce pas dénaturer le concept même de cet art du présent ? Les photos et les vidéos de cet art action sont en effet vendues comme œuvres en temps que tel. Mais est-ce de l’art ou des documents ? Dans l’euphorie actuelle de ce marché qui ne cesse de battre des records, il existe bien une place pour les performances, reste à savoir, laquelle ?

MyArtMakers - Performance - Tilda Swinton dort dans une boîte au MoMa de New York

MyArtMakers – Performance – Tilda Swinton dort dans une boîte au MoMa de New York

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Edwige De Poortere

Edwige De Poortere

Edwige est une étudiante de l'ICART Bordeaux où elle étudie le management culturelle et le commerce de l'art. Elle est née et a grandit à Pau, la ville d'Henri IV, mais son pays de coeur est l'Angleterre où elle voyage régulièrement. Elle y a d'ailleurs passé 1 an pour étudier l'art et le design. Passionnée d'art, qui lui permet depuis petite de se perdre et de se retrouver à la fois, elle dessine et écrit des bouts de vie à ses heures perdues.

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