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Allégories dans l’art, tout un symbole!

By 10 décembre 2015 décembre 14th, 2015 No Comments

Allégories dans l’art, la représentation d’une idée!

L’allégorie, déjà présente dans l’iconographie depuis l’Antiquité, n’a jamais cessé d’être utilisée dans l’histoire. Les images, les symboles ont souvent changés mais encore aujourd’hui on en reconnaît la plupart. Étudions ce phénomène des allégories!

MyArtMakers - Allégories - Le Printemps, Sandro Boticelli, 1481-1482

MyArtMakers – Allégories – Le Printemps, Sandro Boticelli, 1481-1482

Quelques mots sur l’allégorie …

L’allégorie dans l’histoire de l’art désigne un type de représentation destiné à rendre visible un concept invisible, abstrait. On trouve trois modes distincts :

  • Le symbole prend généralement la forme d’un objet ou d’un animal. Sa signification dépend du contexte en raison de son ambivalence.
  • La personnification renvoie à une figure humaine illustrant un concept. Elle peut-être statique, entourées de symboles ou d’attributs, ou dynamique, dans une composition complexe.
  • L’exemplification désigne une situation, une action représentée qui illustre une idée.

Le terme d’allégorie vient du grec et signifie à l’origine « parler par image ». Il désigne dans la rhétorique la démonstration d’un concept abstrait rendu accessible par l’usage de métaphores. Durant l’Antiquité Grecque, à côté des grands dieux du Panthéon (Zeus, Héra, etc…), se trouvent des figures divines plus spécialisées, avec des fonctions plus particulières comme les Victoires, les Saisons, les Muses, etc. Le langage allégorique trouve son utilité dans la compréhension de leurs fonctions.

MyArtMakers - Allégories - sarcophage des Muses (IIe siècle)

MyArtMakers – Allégories – sarcophage des Muses (IIe siècle)

Grâce à leurs attributs, on peut reconnaître sur ce sarcophage de gauche à droite : Calliope, muse de la poésie épique ; Thalie, muse de la Comédie ; Terpsichore, muse de la Danse ; Euterpe, muse de la poésie lyrique ; Polymnie, muse des Hymnes ; Clio, muse de l’histoire ; Erato, muse de la poésie amoureuse ; Uranie, muse de l’Astronomie ; Melpomène, muse de la Tragédie.

MyArtMakers - Allégories - Victoire de Samothrace (190 av.J.-C.)

MyArtMakers – Allégories – Victoire de Samothrace (190 av.J.-C.)

La Victoire de Samothrace représente une divinité mineure ailée censée descendre sur terre pour faire honneur au vainqueur, une Victoire ou Niké.

Durant la période du Moyen Age, de nombreux modes allégoriques sont créés et utilisés. Jusqu’au XVe siècle, les arts libéraux (grammaire, dialectique, rhétorique, arithmétique, musique, géométrie et astronomie) et les combats entre les Vertus et les Vices sont souvent représentés. Des textes du IVe siècle sont à la base d’un cycle d’images notamment les Noces de Philologie et Mercure de Martianus Capella et Psychomachie de Prudence. Ces textes fournissent des descriptions allégoriques de différentes notions. Par exemple, Capella décrit la Dialectique comme une femme accompagnée d’un serpent (ou d’un scorpion) portant des tablettes. Les Vertus ont également leurs codes : la Charité peut être représentée les bras ouverts, accueillant ou nourrissant des enfants.

Jusqu’au XIIIe siècle, seules les Vertus sont personnifiées, les Vices prenaient la forme d’un comportement répréhensible, d’une mauvaise action. Petit à petit, ils sont eux aussi personnifiés : un jeune homme fier symbolisera l’orgueil, une femme qui cache de l’argent dans un coffre sera l’avarice. La multiplication des Bestiaires concourra à la diversification des représentations. A chaque notion peut être ajouté un animal.

MyArtMakers - Allégories - Allégorie des sept péchés capitaux, Vincent de Beauvais, 1463

MyArtMakers – Allégories – Allégorie des sept péchés capitaux, Vincent de Beauvais, 1463

Dans ce manuscrit daté de 1463, on peut voir associés ensemble les péchés capitaux et les animaux : l’Orgueil prend la forme d’un roi chevauchant un lion ; l’Avarice prend l’apparence d’un marchand portant une bourse sur une panthère ; l’homme en bleu monte un singe symbole de Luxure ; l’ours est monté par un clerc opulent représentant la Gourmandise ; un homme pauvre recroquevillé sur l’âne représente la Paresse ; le chien et le jeune noble représentent l’Envie ; enfin l’assassin sur le sanglier est une allégorie de la Colère.

A partir de la seconde moitié du XIIIe, les figures allégoriques sont intégrées dans un cycle plus vaste comprenant les saisons, les planètes, les arts mécaniques, etc.

MyArtMakers - Allégories - Mois de Mars, Francisco del Cossa, 1469-1470

MyArtMakers – Allégories – Mois de Mars, Francisco del Cossa, 1469-1470

Cette œuvre issue du cycle des mois pour le Palazzo Schifanoia permet de voir la pleine utilisation des trois composantes de l’allégorie à la Renaissance : sur le registre supérieur se trouvent la divinité Minerve et son cortège, avec des figures et des éléments associés à son culte. Sur le registre médian, le signe astrologique du bélier ainsi que les trois décans sont représentés et sur le registre inférieur, une scène résume les activités du mois de mars de la ville de Ferrare et de son commanditaire Cosmo d’Este. Le duc est ici représenté partant à la chasse et des paysans taillent les vignes. Les signes astrologiques sont des symboles, les décans et les divinités des personnifications, et les activités humaines qui y sont liées sont des exemplifications.

MyArtMakers - Allégories - L'Hiver, l'Automne, le Printemps, l'Eté, Giuseppe Arcimboldo, 1573

MyArtMakers – Allégories – L’Hiver, l’Automne, le Printemps, l’Eté, Giuseppe Arcimboldo, 1573

Plus connues, les têtes composées de Giuseppe Arcimboldo montrent cet engouement pour les allégories, bien que son œuvre est peut être une parodie de la personnification, procédé qui est le plus valorisé à l’époque. En effet, dans la première moitié du XIVe, on trouve des personnifications avec une iconographie de plus en plus singulière et de moins en moins compréhensible pour les non-initiés, devenant un mode de représentation de plus en plus élitiste.

MyArtMakers - Allégories - La Calomnie d'Apelle, Sandro Boticelli, 1475

MyArtMakers – Allégories – La Calomnie d’Apelle, Sandro Boticelli, 1475

Toute l’histoire du tableau n’est qu’interprétation tant l’identification des 9 protagonistes est difficiles. Au centre on aurait Apelle (peintre grec), tiré par la Calomnie, elle-même entraînée par la Haine ou l’Envie, et flattée par la Séduction ou la Fourberie. A droite, le Soupçon et l’Ignorance parlent à l’oreille du roi Midas. A gauche, Vénus-Vérité est accompagnée par la Pénitence ou le Remords. Pour compliquer les choses, dans le fond se trouvent des statues représentant des personnages mythologiques ou bibliques, mais on a aussi des bas-reliefs qui ont un sens.

Vers 1550, la tendance est la normalisation avec pour permettre un minimum de compréhension. L’Iconologia de Cesare Rippa regroupe les différentes manières de représenter des allégories.

MyArtMakers - Allégories - Effets du bon gouvernement en campagne et effets du mauvais gouvernement en campagne, Ambrogio Lorenzetti, 1340

MyArtMakers – Allégories – Effets du bon gouvernement en campagne et effets du mauvais gouvernement en campagne, Ambrogio Lorenzetti, 1340

Ces deux fresques font partie d’un ensemble situé dans le Palazzo Publico à Sienne. Sur la fresque de droite, les plaines sont vertes, fertiles et on voit un convoi pacifique, tandis qu’à gauche on voit une campagne brûlée, désertée et des soldats arrivant. Ces fresques montrent l’importance accrue de l’exemplification : même sans personnification et symbole, le message est clair et à visée pédagogique.

La nouvelle indépendance de l’exemplification lui permet de réagir aux nouveaux genres picturaux et elle va s’éloigner des représentations du monde physique dans certains cas. Dans sa série des 7 Péchés Capitaux Bruegel l’Ancien associe chaque péché à un monde imaginaire.

MyArtMakers – Allégories – La Paresse, Bruegel l’Ancien, 1557-1558

MyArtMakers – Allégories – La Paresse, Bruegel l’Ancien, 1557-1558

Au XVIIe siècle, l’Italie reste le grand centre de la création picturale et l’allégorie va notamment être très prisée à la cour du pape Urbain VII en raison de son caractère intellectuel et poétique. Et ce qui plaît aux papes, plaît aux souverains européens. Les métaphores au service du pouvoir se multiplient alors, notamment chez Louis XIV qui s’identifie à Apollon et se fait représenter comme tel. L’art versaillais est une véritable extension des trois genres picturaux dominants : l’allégorie, le mythologique et le religieux. Le château de Versailles est vu comme un immense portrait de Louis XIV, qui dépeint à la fois son caractère mais aussi ses exploits.

MyArtMakers – Allégories – le roi gouverne par lui-même, Charles Le Brun, 1678-1684

MyArtMakers – Allégories – le roi gouverne par lui-même, Charles Le Brun, 1678-1684

Cette fresque occupe une position centrale sur le plafond de la Galerie des Glaces de Versailles. Entouré par diverses figures mythologiques et allégoriques, Louis XIV est représenté au cœur de la composition. Les jeux de lumières donnent l’impression qu’il domine l’ensemble des personnages, regardant vers une figure féminine, symbole de la Gloire. Le roi tient un gouvernail symbolisant le gouvernement dans sa main droite, acceptant de sa main gauche levé vers la Gloire son devoir.

Du XVIIIe au XIXe siècle, on trouve d’importantes réactions face à la personnification. Des contestations éclateront au sujet de sa primauté dans le système de l’art, en lien avec l’opposition à la hiérarchie des genres. En effet, jusqu’au XIXe siècle, les tableaux d’histoire représentant des figures mythologiques notamment, et des personnifications, étaient les plus appréciées. Le XVIIIe siècle est marqué par une grande exigence de normalisation, de rationalisation et ces intensions se retrouvent pour l’allégorie. Dans l’Iconologie par figures de Gravelot et Cochin, il est écrit que « l’allégorie, pour servir de langue universelle à toutes les nations a besoin d’être claire, expressive, éloquente ». La personnification est comparée à un langage universel, elle retrouve sa fonction première de démonstration de concepts complexes.

Il est à noter que ces concepts changent en fonction des préoccupations idéologiques de chaque époque. Par exemple, on peut trouver un répertoire lié à l’expansion territoriale avec des Victoires, des allégories des Provinces, des Fleuves, etc… A partir du XVIIIe de nouvelles idées comme la Liberté ou la Nation vont trouver leurs codes de représentation. D’ailleurs, un concours sera organisé en 1848 pour définir les symboles de la République. La personnification va également être adaptée aux thématiques contemporaines. Il existe en effet des allégories sur des innovations industrielles par exemple.

MyArtMakers – Allégories – Allégorie du Progrès, Allégories du Téléphone et du Télégraphe

MyArtMakers – Allégories – Allégorie du Progrès, Allégories du Téléphone et du Télégraphe

On a une adaptation aux périodes mais aussi aux lieux ; dans les gares, on va trouver toute une symbolique géographique, et sur les façades des musées, des théâtres, on va généralement trouver des allégories des arts ou des figures exemplaires du panthéon national ou universel.

MyArtMakers – Allégories – Grand Théâtre de Bordeaux

MyArtMakers – Allégories – Grand Théâtre de Bordeaux

Sur le toit du Grand Théâtre de Bordeaux par exemple se trouvent 12 statues féminines sculptées par Pierre François Berruer et van den Dris au XVIIIe siècle, 3 déesses (Vénus, Junon et Minerve) mais aussi les 9 muses.

La problématique du lieu peut parfois s’étendre à toute une ville, un quartier ou même un pays comme c’est le cas de la Statue de la Liberté à New-York. Jusque dans les années 50, les allégories seront abondamment utilisées, en lien avec l’exaltation des valeurs nationales, le patriotisme, etc. On va trouver d’importants cycles picturaux sur les Hôtel de Ville ou dans les lieux publics.

MyArtMakers – Allégories - Hôtel de Ville de Paris

MyArtMakers – Allégories – Hôtel de Ville de Paris

Sur la façade de l’Hôtel de ville de Paris, on distingue deux figures allongées, la Seine et la Marne, et une allégorie de la Ville de Paris au-dessus de l’horloge. De part et d’autre de cette dernière sont représentés le Travail et l’Instruction.

MyArtMakers – Allégories – l’ouvrier et la kholkozienne – Vera Moukhina, Moscou, 1937

MyArtMakers – Allégories – l’ouvrier et la kholkozienne – Vera Moukhina, Moscou, 1937

En revenant aux réactions et aux contestations de la hiérarchie des genres, et donc du statut de l’allégorie, les scènes de genre vont jouer un rôle important puisqu’elles vont libérer l’allégorie de sa justification morale qui était alors presque obligatoire pour rencontrer le succès dans les Salons.

MyArtMakers – Allégories – L’atelier, Jean Vermeer, 1666

MyArtMakers – Allégories – L’atelier, Jean Vermeer, 1666

L’atelier de Vermeer, parfois appelée allégorie de la Peinture montre le peintre lui-même en train de représenter son modèle. La femme porte une couronne de laurier, tient une trompette et porte un livre. Ces éléments sont des attributs de Clio, la muse de l’Histoire. Vermeer choisit ici de représenter une scène banale, un atelier, et finalement on ne sait pas où commence la symbolique de l’allégorie. Dans la première moitié du XIXe, c’est une stratégie qui sera reprise et très utilisée par la génération romantique.

MyArtMakers – Allégories – La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830

MyArtMakers – Allégories – La Liberté guidant le peuple, Eugène Delacroix, 1830

Delacroix dans son célèbre tableau nous offre une scène contemporaine (juillet 1830) mais entre les personnages issus de son temps, le peintre a placé au centre une femme, qui semble être hors de la scène, sa nudité renseignant sur sa valeur allégorique, mais elle paraît également être au cœur de l’action grâce aux jeux de regards de certains protagonistes notamment. L’œuvre de Delacroix renseigne aussi sur l’importance que joue le titre dans l’identification du sujet. Au même moment, on va trouver de nombreux détournement des allégories dans la caricature, jugées inaptes à représenter la vie moderne.

Au XVIIIe, des intellectuels comme Goethe permettent la réhabilitation du symbole. Une grande impulsion donnée à la fin du XIXe est programmatique de tout un courant esthétique cherchant à explorer l’intériorité de l’individu, en parallèle avec la psychanalyse naissante, le Symbolisme.

MyArtMakers – Allégories – Nuda Veritas, Gustav Klimt, 1899

MyArtMakers – Allégories – Nuda Veritas, Gustav Klimt, 1899

Cette œuvre conserve le principe de la personnification. La figure rappelle Eve, par sa nudité mais aussi par le serpent à ses pieds. Le miroir est dirigé vers le spectateur. Au-dessus de la figure se trouve une citation du poète Schiller « si tu ne peux plaire à tous par tes actes et ton art, plais à peu. Plaire à beaucoup est mal ». Nuda Veritas représente le combat engagé par Gustav Klimt et d’autres artistes, par la Sécession, contre l’académisme viennois au début du XXe.

Deux notions vont recouvrir le terme d’allégorie : son mode de représentation qui permet de définir un genre et son mode de perception ou d’interprétation qui lui donne son sens. De nombreux artistes vont jouer avec ces deux notions de la fin du XIXe jusqu’au XXe siècle, comme Odilon Redon, ou encore Robert Delaunay.

En conclusion, il faut noter l’importance du concept de culture, de l’éducation dans notre perception actuelle de l’allégorie. Au fil des siècles, des symboles ont évolué, d’autres non, mais nous en reconnaissons encore la plupart. Le bonnet phrygien, aujourd’hui rattaché à la République Française et attribut de Marianne, était à l’origine la coiffe des esclaves affranchis de l’Empire Romain, interprété comme un symbole de liberté durant la Révolution Française. L’histoire des allégories est à même en parallèle avec l’histoire des cultures. Dans la symbolique des couleurs, en Occident, le blanc est associé à la vie, la pureté, la joie (nos robes de mariée sont blanches), tandis qu’en Chine ou en Afrique, le blanc est plutôt associé au deuil, à la mort, c’est une couleur portée lors des funérailles. Il faut donc toujours être conscient des différentes interprétations possibles des allégories.

MyArtMakers – Allégories – Vanité ou allégorie de la vie, Philippe de Champaigne, 1646 / For the love of God, Damien Hirst, 2007

MyArtMakers – Allégories – Vanité ou allégorie de la vie, Philippe de Champaigne, 1646 / For the love of God, Damien Hirst, 2007

Aude Moreau

Aude Moreau

Actuellement étudiante en troisième année d'histoire de l'art à Bordeaux, j'ai toujours été passionnée par l'Histoire et la mythologie. Adorant l'Histoire de l'Art, je m'intéresse plus particulièrement aux relations qu'entretiennent les religions et l'Art.

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