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Esthétique Hégélienne ou l’affirmation de la fin de l’art?

By 9 février 2016 No Comments

Esthétique Hégélienne, l’art comme naissance de l’esprit absolu!

« Si l’on veut assigner à l’art un but final, ce ne peut être que celui de révéler la vérité,

de représenter de façon concrète et figurée ce qui s’agite dans l’âme humaine »

Georg Wilhelm Friedrich Hegel (1770-1831) demeure aujourd’hui l’un des philosophes qui – à travers l’enseignement de son Esthétique Hégélienne à Berlin (1818-1831) – a le mieux théorisé l’art. Son discours sur cette activité créatrice marque une rupture et une évolution dans la manière de penser l’art: il ouvre ainsi de nouveaux horizons, de nouvelles perspectives pour concevoir le rapport que l’homme entretient avec l’œuvre d’art.

MyArtMakers - Esthétique Hégélienne - Portrait de Hegel par Schlesinger, 1831

MyArtMakers – Esthétique Hégélienne – Portrait de Hegel par Schlesinger, 1831

D’une philosophie de l’art, Hegel réfléchit à une philosophie sur l’art. En effet, loin de s’intéresser et de se focaliser sur la réception des œuvres, sur l’expérience du spectateur, sur les jugements de goût ; l’esthétique hégélienne souligne et met en lumière les significations et les contenus des œuvres. Il médite par-là sur la libération de la pensée par l’art, sur l’essence spirituelle du chef d’œuvre.

Il ne s’agit pas ici de faire un résumé de l’esthétique hégélienne, de donner un compte rendu de ses leçons, mais davantage d’exposer le caractère heuristique de la pensée du philosophe et de retracer les grands apports de ses interrogations sur l’œuvre d’art.

Dans son Esthétique, si Hegel présente cinq arts principaux qui sont l’Architecture, la Sculpture, la Peinture, la Musique et la Poésie,  on privilégiera, on se concentrera ici davantage sur les arts plastiques. En outre, on laissera de côté sa dissociation historique entre les formes esthétiques qui se singularisent par une relation particulière de l’idée à la forme sensible : de l’art symbolique (l’Égypte, architecture) à l’art classique (la Grèce, sculpture) en passant par l’art romantique (le christianisme, peinture, musique et poésie).

L’œuvre d’art n’est pas dévoilement chimérique de la nature !

La première grande idée que l’on peut soulever de son Esthétique est que l’art n’imite pas la nature. L’œuvre d’art ne doit pas se faire reproduction illusoire du réel. Cette tentative d’imitation est vaine et stérile car pur simulacre d’une part ; d’autre part la nature ne constitue en rien le paradigme du beau, le modèle idéal de l’artiste. La fin, le but de l’art n’est pas de se faire copie mensongère de la nature mais de révéler, dans le domaine du sensible, la vérité de la réalité finie et la liberté du beau.

« L’art doit donc avoir un autre but que celui de l’imitation purement formelle de ce qui existe, imitation qui ne peut donner naissance qu’à des artifices techniques, n’ayant rien de commun avec une œuvre d’art. »

C’est à travers sa vocation spirituelle que l’œuvre d’art réussit à atteindre cet absolu. L’esprit étant «supérieur à la nature» ses productions sont incomparables aux manifestations de celle-ci. Le beau artistique est le « paraître sensible de l’idée». Sa proximité et sa relation avec l’esprit libère l’œuvre d’art de sa finitude : l’expression y dépasse la forme. Avant d’être chose, le chef d’œuvre se fait pensée.

MyArtMakers - Philosophie hégélienne - Esthetique

MyArtMakers – Philosophie hégélienne – Esthetique

 L’art comme quête et révélation de « l’esprit absolu »

« L’art n’a pas d’autre vocation que de porter le vrai à la contemplation sensible, tel qu’il est dans l’esprit réconcilié en sa totalité avec l’objectivité et le sensible »

L’art est ainsi pour Hegel la résolution – dans et par le sensible – du fini dans la vérité de l’absolu, ouverture vers la libération. La clé de cette fenêtre vers l’infini est l’esprit même de l’artiste. Celui-ci n’emprunte rien de l’extérieur, il conçoit a priori l’idée dans sa conscience propre.

L’œuvre d’art témoigne d’une recherche d‘idéalisation du réel par le spirituel. C’est cette trace de l’esprit dans l’art, cette manifestation du spirituel dans l’œuvre qui, pour Hegel, élève cette activité créatrice au rang d’absolu. L’art rend intelligible la conscience mentale de l’artiste et fait accéder l’humanité au Vrai. Pour le philosophe allemand, l’art devient ainsi langage universel et réponse aux questions existentielles.

La sculpture exprime par exemple cette quête de l’esprit, telle une sorte de religion et de philosophie sans paroles. La poursuite spirituelle s’incarne dans une forme extérieure. Si l’art sculptural est incarnation, l’art pictural est simple expression de l’esprit :« La peinture devient un miroir de l’esprit, où la spiritualité se révèle en détruisant l’existence réelle, en la transformant en une simple apparence qui est du domaine de l’esprit et qui s’adresse à l’esprit. »

La mort de l’art ?

Dans son Esthétique, Hegel théorise une Histoire de l’esprit et, par-là une révélation progressive du spirituel chez l’homme. En effet, pour l’auteur de la Phénoménologie de l’esprit, l’art est la première étape dans un processus continue de succession des figures de l’esprit ; il est donc appelé à être dépassé par une pensée qui n’aura plus besoin de la forme sensible pour apparaître.

À partir d’un certain degré de développement de l’esprit dans sa conscience et sa connaissance de lui-même, l’art n’est plus utile à sa manifestation et à sa représentation. Plus exactement, lorsque l’esprit a atteint une mise en figure de la rationalité suffisante, il n’a plus besoin d’images sensibles et artistiques pour se rendre présent à lui-même. L’odyssée de l’esprit se poursuit, situant l’art à l’intérieur d’un devenir qui le dépasse très largement, le flambeau spirituel passe à la religion puis trouve son Absolu dans la philosophie.

« L’art, avec sa haute destination, est quelque chose de passé ; il a perdu pour nous sa vérité et sa vie ; nous le considérons d’une manière trop spéculative pour qu’il reprenne dans les mœurs la place élevée qu’il y occupait autrefois, quand il avait le privilège de satisfaire par lui-même pleinement les intelligences. »

Alors l’art est mort, vive l’art? Pas exactement, car si l’art n’est pas « le mode suprême et absolu selon lequel peuvent être portés à la conscience de l’esprit ses intérêts véritables », la fin spéculative de l’art n’est pas synonyme de sa disparition, de son effacement, de son anéantissement ; elle expose simplement et uniquement une migration du lieu du sens absolu.

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Corentin Bob

Corentin Bob

Né en Guadeloupe, j'ai quitté les terres de Saint-John Perse très jeune pour la capitale internationale du Parfum, Grasse. Après avoir apprécié pendant près d'une dizaine d'années les délices de cette commune française provençale, j'ai posé mes bagages dans la Ville Rose Toulouse. Me voilà depuis un an à Bordeaux où je suis actuellement en 4ème année à l'Institut d’Études Politiques, après avoir effectué une Classe Préparatoire «Lettres et Sciences Sociales». Passionné par l'art, son histoire, ses mouvements et fasciné par ses plus grandes figures – Poussin, Le Caravage, Raphaël ou encore Turner trustent pour moi les premières places – j'aimerais travailler un jour dans cet univers si singulier et exaltant que constitue le monde de l'art.

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