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Cabinet de Curiosités, quelle idée!

By 29 janvier 2016 No Comments

Cabinet de Curiosités pour collectionner!

C’est sous l’Ancien Régime que les « curieux » (ancêtres des collectionneurs) recherchaient et entreposaient leurs « curiosités » dans leurs salons, leurs cabinets ou leurs galeries. De nos jours, la collection est variée, tout peut être collectionné. A l’époque, sous l’Ancien Régime les curieux s’intéressaient aux objets manufacturés par l’Homme et crées par Dieu.

MyArtMakers - Cabinet de curiosité - Cabinet de Calzolari (1622)

MyArtMakers – Cabinet de curiosité – Cabinet de Calzolari (1622)

Histoire  des collectionneurs et des cabinets de curiosités

Qui sont les curieux ?

Les curieux sont à la base des Princes et Grands Seigneurs très puissants. Ils ont plus de connaissances et de moyens financiers. François Ier fut un grand curieux d’objets naturels. Charles IX et Henri III quant à eux se sont fait dépouiller de leurs curiosités.

Ce n’est qu’à partir de Richelieu que le phénomène de l’accumulation d’objets se répand à nouveau, en constituant une immense collection pour le royaume et plus tard le roi Louis XIV s’intéressa aux médailles.

Par la suite, les nobles, les ecclésiastiques, les professionnels de la santé s’intéressent au fait de collectionner. Cependant, il s’agit toujours d’une élite. Les curieux se procurent des statues antiques, des livres de qualités et des manuscrits anciens, les médailles, les coquillages et autres éléments insolites.

Au milieu du XVIIème s. on comptait une trentaine de curieux dans Paris.

Début XVIIIème, ils étaient plus de 150. L’âge d’or de la collection se situe entre le milieu et la fin du XVIIIème s. période durant laquelle on recense environ 500 collectionneurs dans la capitale française, dont 10% étaient issus de la noblesse.

C’est au niveau de Paris et du Sud de la France que l’on trouve les plus grands inventaires.

Petit à petit, d’autres collectionneurs s’intéressent à l’élaboration de leurs cabinets de curiosités. Effectivement, les financiers et les commerçants se mettent à la curiosité. Pour un particulier, il est difficile de réunir des objets précieux de part leur coût.

Avec le temps, le curieux se spécialise dans un ou plusieurs domaines, regroupant des séries d’objets de même nature ou ayant le même thème. Par exemple, il est récurrent que les médecins collectionnent des objets en lien avec leur profession. L’amateur d’un thème donné prend le nom de « collectionneur » et en 1828 nait le « collectionnisme ».

MyArtMakers - Cabinet de curiosité - Hieronymus Francken, Cabinet d'amateur de Jan Snellink

MyArtMakers – Cabinet de curiosité – Hieronymus Francken, Cabinet d’amateur de Jan Snellink

Pas de curieux sans curiosité

La curiosité apparait entre la Renaissance et la période Classique. Cette dernière est caractérisée par sa rareté, son exotisme ou son étrangeté.

Généralement, les objets collectionnés sont ceux dont on a perdu l’usage ou qui venaient d’autres cultures. Ainsi ils devenaient éléments décoratifs et contemplatifs.

Ils s’avéraient aussi d’excellents objets de communication car ils permettaient aux grands seigneurs d’exposer leur fortune, leur puissance et leur vaste culture.

Souvent, les curiosités étaient liées à l’Antiquité ou à l’époque médiévale, les trésors royaux et les domaines religieux. Vers le XVIème s. les grandes découvertes et la diminution de l’obscurantisme permettent une diversification des objets qui sont importés de provinces lointaines (Amérique, Asie, îles des Caraïbes).

Les objets sont régulièrement classés en deux catégories distinctes. La première est celle des œuvres créées par l’Homme, la seconde est celle des œuvres faites par Dieu. Celles-ci sont principalement des pierres précieuses ou semi-précieuses, des fossiles, des cornes de narval (considérés comme cornes de licornes), les taxidermies, les coraux, les végétaux rares et exotiques. Les œuvres de l’Homme sont souvent des objets d’art. On y retrouve des peintures, des sculptures, des objets d’orfèvrerie mais aussi les pièces manufacturées : des armes des instruments scientifiques, de musique, des médailles. Ces dernières ont une place majeure. Cet objet fascine car il mélange l’art et l’histoire. De plus, elles viennent de tous les pays et toutes les époques (médailles antiques, modernes, impériales).

Les antiquités sont presque toujours présentes dans les cabinets de curiosités, tenant une place prépondérante dans la collection. Elles regroupent un grand nombre d’objets différents : pots anciens, sarcophages, statues, beaux objets utilitaires, bijoux. Au XIXème s., le cabinet de curiosité rayonne avec un mode de collection très particulier : l’Egyptomanie.

MyArtMakers - Cabinet de curiosité - La Tribune des Offices, 1778, Johann Zoffany

MyArtMakers – Cabinet de curiosité – La Tribune des Offices, 1778, Johann Zoffany

Certains monarques vont chercher des portraits de personnalités illustres afin de les exposer dans leur galerie. Cet engouement eut tellement de succès que le roi de  France Henri IV lui-même fit décorer un certain château du Louvre…

Chez le célèbre médecin colonial Hans Sloane on assiste à une collection comportant de nombreux objets d’une grande diversité. En effet on recense un cabinet de curiosité s’étendant sur onze salles regroupant plus de 5440 insectes, plus de 660 oursins, 520 serpents dans de l’alcool, 7000 fruits, 23 000 pièces de monnaies.

De 1680 à 1720, les médailles laissent place aux coquillages, la peinture italienne et la peinture flamande. Les curieux vont chercher des objets utilitaires. Les collectionneurs vont se procurer des faïences. En pleine période des Lumières, le curieux va s’attacher aux éléments scientifiques. La  quête d’esthétisme est dépassée par la quête de réel.

L’exotique et le merveilleux sont remplacés par des objets dont parlent les hommes de science. Peu à peu, de nombreux cabinets de curiosités scientifiques font leur apparition (physique, chimie) qui deviendront plus tard les laboratoires que nous connaissons.

Les objets vont être répertoriés, classés en catégories, en séries, de manière chronologique.

A la mort des collectionneurs, l’inventaire est vendu par l’intermédiaire de catalogues qui apparaissent vers 1700 à Paris puis vers 1745 à Lille. Certains propriétaires préfèrent léguer leurs collections à des centres éducatifs ou d’intérêt public afin d’en faire un objet de mémoire et de culture.

MyArtMakers - Cabinet de curiosité - Le Cabinet de Curiosité de Dröne et du Lion Bleuflorophage.

MyArtMakers – Cabinet de curiosité – Le Cabinet de Curiosité de Dröne et du Lion Bleuflorophage.

Le cabinet et la galerie, des lieux d’exposition hors du commun

Aussi bien privés (collections de particuliers) que publics (collections institutionnelles d’écoles de vétérinaire, de facultés de médecine), les cabinets ont joué un rôle fondamental dans l’essor de la science moderne même s’ils conservaient les traces des croyances populaires et obscurantistes de l’époque (il n’était pas rare d’y trouver du sang de dragon séché ou des squelettes d’animaux mythiques comme des sirènes ou des licornes).

Les curiosités sont installées dans un endroit très spécifique «  le cabinet ». Elles sont classées le plus souvent par ordre alphabétique, par famille, par taille ou par forme. Les cabinets se situent souvent à côté des chambres. C’est souvent un lieu d’étude, de rêverie et de méditation. On trouve souvent un ameublement spécifique pour faciliter l’organisation, notamment le classement et le rangement (dans des tiroirs, sur des étagères, installation de socles, de plafonds spécifiques, créations parfois de jardins botaniques). Cet agencement est tout un art, voir même une forme de scénographie car il nécessite d’être agréable visuellement et doit permettre au spectateur de se déplacer avec aisance.

Suivant la catégorie des curieux et la spécificité des objets, les lieux diffèrent, les peintures et les sculptures sont exposées dans la galerie. Depuis l’Antiquité, la galerie avait valeur de musée. Sous l’Ancien Régime, c’était la pièce où l’on réunissait une collection. Ce lieu n’existait pratiquement que dans les demeures royales. Le roi Henri IV aurait lui-même commencé en créant la « Petite Galerie » au Louvre. Au fur et à mesure du temps, ces collections royales vont se transformer pour devenir des musée.

MyArtMakers - Cabinet de curiosité - Cabinet de Caroline Faucon

MyArtMakers – Cabinet de curiosité – Cabinet de Caroline Faucon

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Octave Fournel

Octave Fournel

Octave Fournel est né à Saint-Etienne, la ville du design. Il s'intéresse très tôt au dessin et à l'écriture (Prix national du Carnet de voyage 2013) dans une famille où l'art est une passion et un métier. Etudiant à l'ICART, il se fascine pour la création artistique et son marché. Pour lui l'art n'est pas seulement une expression artistique mais le reflet d'une personnalité et d'une époque.

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