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Art conceptuel, la spiritualisation des œuvres!

By 3 décembre 2015 No Comments

Art conceptuel, adieu l’esthétisme traditionnel!

 « La pittura e cosa mentale » Léonard de Vinci

Apparut dans les années 60 lors de la fin de l’art moderne, il s’est développé à partir de l’art minimal, mais les origines de l’art conceptuel remontent au début du XXe siècle avec les ready-made de Marcel Duchamp. Comme eux, cet art est défini non pas par les qualités esthétiques des objets ou des œuvres, mais seulement par le concept et par l’idée qu’elles véhiculent, c’est ainsi là que se trouve la véritable beauté.

MyArtMakers - Art conceptuel - Marcel Duchamps - Porte bouteilles du BHV

MyArtMakers – Art conceptuel – Marcel Duchamps – Porte bouteilles du BHV

Définition de l’art conceptuel

L’art conceptuel englobe différentes tendances artistiques telles que l’art de l’objet ou encore le happening. Dans l’art conceptuel, tout signe de l’artiste est nié au même titre que tout message représentatif ou imagé. L’œuvre doit uniquement reproduire la conception de l’artiste, en d’autres termes, sa démarche spirituelle. Pour pouvoir comprendre l’œuvre d’art conceptuelle, il est indispensable de tenter de comprendre l’artiste et sa façon de penser.

L’art conceptuel n’est pas un mouvement en lui-même, il n’a pas de période précise, ni un groupe d’artiste définit, c’est une démarche intellectuelle. Cependant, on trouve sa prolifération entre 1965 et 1975. Les artistes conceptuels analysent ce qui permet à l’art d’être art, analyse qui elle-même se conduit en deux grandes orientations :

D’une part, il a pour particularité de ne plus se soucier en apparence du savoir-faire de l’artiste ni même de l’idée qu’une œuvre doit être « finie », car c’est l’idée qui prime sur la réalisation, qui a de la valeur. En conséquence, tout un pan de l’histoire de l’art peut être qualifié de « conceptuel », depuis le XVe siècle où le travail de l’esprit tient la plus grande part. Les œuvres conceptuelles ne sont que l’illustration d’une idée, en droit, elles pourraient se développer à l’infini.

Pour Sol LeWitt, tout le cheminement intellectuel du projet (gribouillis, esquisses, dessins, repentirs, modèles, études, pensées, conversations) a plus de valeur que l’objet présenté. « La couleur, la surface, et la forme ne font qu’accentuer les aspects physiques de l’œuvre. Tout ce qui attire l’attention sur le physique d’une œuvre nuit à la compréhension. »

MyArtMakers - Art conceptuel - Sol LeWitt, Wall drawing

MyArtMakers – Art conceptuel – Sol LeWitt, Wall drawing

« Interroger la nature de l’art en présentant des nouvelles propositions quant à la nature de l’art » Joseph Kosuth

D’autre part, l’art conceptuel s’attache à répondre à la question « qu’est-ce que l’art ? » par les moyens de la logique, il s’agit de définir l’art et rien que l’art sans se contredire. Le but de cette restriction de l’activité artistique est de refuser toute visée métaphysique, jugée comme incertaine, pour n’évoluer que dans le domaine du fini, assurément viable. De nombreux artistes ont contribué à cette recherche, avec notamment Joseph Kosuth et Art&Language, Robert Barry, On Kawara, Lawrence Weiner, Victor Burgin, Bernar Venet, Daniel Buren…

La divergence des deux interprétations dépend en fait de ce que l’ont entend par « conceptuel » : l’idée, ou la tautologie. A travers l’opposition des deux orientations de l’art conceptuel, c’est le choix de l’infini ou du fini qui est en jeu.

Marcel Duchamp, le père de l’art conceptuel

Marcel Duchamp bouleversa radicalement le XXe siècle. Dans les années 10, l’invention de ses ready-mades, des pièces de la vie de tous les jours choisies pour leur neutralité esthétique est présentée en temps qu’œuvre d’art, sans qu’aucune modification n’y soit ajoutée. Sa Roue de bicyclette réalisée en 1913 est considérée comme la première de cette série, bien qu’elle soit en vérité un assemblage d’objets, d’une roue et d’un tabouret, et donc pas exactement « already-made ». Il ouvrit ainsi la voie aux avant-gardes les plus extrémistes. Duchamp est l’artiste qui le premier a le plus directement questionné la notion d’art. Il revendique un objet comme œuvre d’art par le simple acte de l’avoir choisi.

MyArtMakers - Art conceptuel - Marcel Duchamp, La Fontaine, 1917

MyArtMakers – Art conceptuel – Marcel Duchamp, La Fontaine, 1917

La Fontaine est le plus célèbre des ready-mades de Marcel Duchamp. Elle a donné lieu à un grand nombre d’interprétations et d’écrits, parmi lesquels ceux de spécialistes de l’esthétique qui s’interrogent sur la redéfinition de l’art qu’elle implique. Il s’agit d’un urinoir en porcelaine blanche qui comporte la signature « R.Mutt » et la date « 1917 ».

A l’origine Duchamp achète cet objet, un urinoir ordinaire, pour l’envoyer au comité de sélection d’une exposition dont les organisateurs s’engagent à exposer n’importe quelle œuvre dès lors que son auteur participe aux frais. Faisant lui-même partie de ce comité organisateur, il souhaite éprouver la générosité de son principe.Une fois l’objet acquis, Duchamp le retourne, lui donne le titre poétique de Fontaine et le signe Richard Mutt, en parodiant le nom du propriétaire d’une grande fabrique d’équipement. Avec un titre et un auteur, l’objet possède toutes les qualités extrinsèques d’une œuvre d’art. Mais il se voit refusé par le comité de sélection.

« Que Richard Mutt ait fabriqué cette fontaine avec ses propres mains, cela n’a aucune importance, il l’a choisie. Il a pris un article ordinaire de la vie, il l’a placé de manière à ce que sa signification d’usage disparaisse sous le nouveau titre et le nouveau point de vue, il a créé une nouvelle pensée pour cet objet » Duchamp.

MyArtMakers - Art conceptuel - Marcel Duchamps, la roue de bicyclette

MyArtMakers – Art conceptuel – Marcel Duchamps, la roue de bicyclette

Selon Duchamp, l’artiste n’est pas un bricoleur et, dans l’art, l’idée prévaut sur la création. Cette conception rejoint celle des grands artistes de la Renaissance qui ont élevé la peinture au rang des arts libéraux – telles l’astronomie et les mathématiques – et en particulier Léonard de Vinci qui définissait l’art comme « cosa mentale ». Toutefois, Duchamp s’en différencie en ce qu’il propose un objet qui n’a aucune des qualités intrinsèques que l’on suppose à une œuvre d’art, comme l’harmonie ou l’élégance.

Duchamp était aussi un grand joueur d’échec. A partir des années 20, il integra l’équipe de France, et en fera son activité principale, aux dépens de l’art. Dans ses souvenirs autobiographiques, publiés en 1961, Man Ray écrit à son propos : « Son esprit est alerte et les échecs ne laissent aucune trace de l’activité mentale la plus intense. Les échecs ont été son programme. L’aspect compétitif des échecs l’intéresse moins que leur aspect analytique et les possibilités qu’ils offrent à l’invention. »

Duchamp eu une influence considérable sur l’art du XXe siècle, qu’il a en quelque sorte fondé. Les mouvements qui utilisent des objets de la vie courante pour surprendre comme le surréalisme, évoquer, critiquer voir poétiser la société de consommation comme le pop art, ou pour réconcilier l’art et la vie comme fluxus, lui sont redevables d’avoir transgressé les coutumes académiques.  Le XXe siècle lui doit donc l’initiative du renouvellement des matériaux utilisés dans l’art, mais aussi un goût pour des questions complexes d’esthétique qui aboutiront dans les années 70 à l’art conceptuel. Duchamp est l’artiste moderne qui a le plus directement interrogé la notion d’art « quand il y a art » et ce qui « suffit à faire de l’art ». Il s’inscrit dans la lignée des artistes « intellectuels », comme Léonard de Vinci, et annonce les problématiques de Joseph Kosuth.

Joseph Kosuth

Joseph Kosuth est un des fondateurs de l’art conceptuel. Dans son œuvre, il va vouloir séparer l’esthétique de l’art, voyant dans l’œuvre d’art le but esthétique comme excercie esthétique, non comme art à proprement parler. Son objectif est de produire du sens, l’art est un langage qui relève du domaine des idées.

« Une œuvre d’art est une présentation de l’intention de l’artiste : si celui-ci déclare que cette œuvre d’art-ci est de l’art, cela signifie que c’est une définition de l’art »

MyArtMakers - Art conceptuel - Joseph Kosuth, One and threechairs, 1965

MyArtMakers – Art conceptuel – Joseph Kosuth, One and three chairs, 1965

Art as art

One and three chairs est une installation composée d’une chaise en bois pliante, avec à sa gauche un tirage photographique en noir et blanc de cette même chaise et à sa droite, sa définition tirée d’un dictionnaire. L’analyse formelle est très limitée, alors que, au contraire, l’analyse conceptuelle est, elle, très étoffée.

Il nous montre ainsi l’objet chaise qui est la référence tridimensionnelle, l’idée de la chaise qui est sa représentation linguistique, et la représentation photographique de celle-ci, sa représentation iconique. Kosuth montre à la fois l’unité, puisque l’œuvre renvoit au même objet, mais également l’irréductibilité de chacune de ces chaises aux deux autres.

L’objet n’a en fait aucune espèce d’importance, c’est l’idée de division du sens d’un seul objet qui est essentiel. Selon Kosuth lui-même, ce qui est intéressant dans « One and three chair » c’est que l’on puisse modifier le lieu, l’objet, la photo, sans modifier la nature de l’œuvre, la volonté de l’artiste. On peut donc proposer une œuvre d’art qui est l’idée de l’œuvre d’art, la réalisation plastique d’un concept.

Art & Language

Joseph Kosuph fut membre du groupe d’artiste Art&Langage qui oeuvra pour le développement de l’art conceptuel. Ses membres ont écrit un nombre considérable de textes, entre autres dans la revue Art-Langage, qui se veulent l’écho des dialogues ayant inspiré leurs travaux. Leurs débats, qu’ils nomment « conversations », passent au premier plan dans leur production d’artistes, car l’idée d’une œuvre et sa réalisation sont interdépendantes.

Terry Atkinson et Michael Baldwin se penchèrent sur le thème de la cartographie, avec notamment la Map of itself.

MyArtMakers - Art conceptuel - Terry Atkinson and Michael Baldwin, Map of itself, 1967

MyArtMakers – Art conceptuel – Terry Atkinson and Michael Baldwin, Map of itself, 1967

Cette carte se décrit elle-même pour ce qu’elle est, son sens naît de ce qu’elle révèle et met en équivalence l’intention de l’artiste et la description de l’œuvre qui ne font plus qu’un. L’ensemble constitue un système clos où le titre et la carte se réfèrent l’un à l’autre pour créer une auto-définition chère à l’art conceptuel.

Mais encore, la Map not to indicate ne peut pas indiquer le Canada, la James Bay, l’Ontario… elle indique tout sauf ce qu’elle n’indique pas, elle exclut donc les informations que l’on serait en droit d’attendre d’une carte de géographie. Elle joue l’écart entre ce qu’elle énonce et ce qu’elle donne à voir : en conséquence, elle n’a plus aucune fonction en tant que carte informative.

Ces deux cartes ont pour principe de fournir des informations qui sont parfaitement exactes et irréfutables dans la mesure où elles ne renvoient qu’à elles-mêmes et qu’elles ne représentent pas des réalités qui leurs seraient extérieures.

Bien que remettant en cause l’objet et sa production, l’Art conceptuel n’a cependant jamais pu se passer de réalisations formelles qui se matérialisent le plus souvent par la photographie ou l’édition de livres et de catalogues, mais aussi de diagrammes, de schémas, de plans, de fichiers et d’installations diverses.

La spécificité de l’Art conceptuel est parfois difficile à cerner tant par la diversité des démarches artistiques que par l’ampleur de son influence sur différentes tendances contemporaines qui prouve sa vitalité.

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Edwige De Poortere

Edwige De Poortere

Edwige est une étudiante de l'ICART Bordeaux où elle étudie le management culturelle et le commerce de l'art. Elle est née et a grandit à Pau, la ville d'Henri IV, mais son pays de coeur est l'Angleterre où elle voyage régulièrement. Elle y a d'ailleurs passé 1 an pour étudier l'art et le design. Passionnée d'art, qui lui permet depuis petite de se perdre et de se retrouver à la fois, elle dessine et écrit des bouts de vie à ses heures perdues.

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